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VERNISSAGE Mercredi 16 Septembre 2026 de 17H00 à 20H00
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Nue, blanche et dans nos nuits
L'une semble effleurer la surface du papier à la manière d'une caresse qui retient, l'autre l'agrippe par la force de son geste pictural, surgissant.
Où se rencontrent ces deux artistes femmes, qu'apparemment tout oppose ?
Dominique Van den Bergh dessine des vestiges de statues gréco-romaines troués par la lumière, des visages de femmes antiques, de Vénus sans visage ou au visage fracture. D'anciennes scènes de décapitation, d'exécution de bas-relief romains rencontrent l'extrême beauté d'une fleur, elles naissent parfois au cœur d'un bouquet de lys, devenant motif sophistiqué, signe vide une aporie? L'artiste convoque des époques, des temps anciens, qu'on pourrait dire immémoriels, mais aussi notre barbarie contemporaine, présente en filigrane dans ces images qui apparaissent, qui disparaissent, qui existent comme en négatif, presque en creux, à la lisière du regard. Parfois, le blanc aveuglant défigure, devient ou empêche l'image, ou la surexpose. Parfois, le détail d'une scène sature le motif, jusqu'à le rendre illisible ou grotesque. S'agit-il de figurer l'insupportable, la cruauté humaine masquée par la beauté, l'inhumanité par l'exquise humanité ?
C'est peut-être autour de ces questions du figurable et de l'infigurable des barbaries humaines que les artistes se rencontrent, bien que les deux œuvres la déclinent de façon presque antinomique.
Chez Emma Shoring, les images se tiennent à la limite du lisible. Elles sont souvent brouillées, en souffrance. Jacques Derrida parlait à propos des dessins d'Antonin Artaud de "forcener le subjectil". Il envisageait le geste de l'artiste comme une menace, le rapport de la main à la surface dessinée ou peinte comme un théâtre de la cruauté. ii affirmait ainsi l'incroyable performativité de l'image qui devait frapper l'œil de celui ou de celle qui regarde, même des années après. L'image est acte, elle doit poindre, elle doit blesser celui ou celle qui pose son regard.
Le philosophe disait aussi à quel point elle est anadyomène, chez Emma Shoring, émergeant d'un temps ancien, figurant une mémoire tremblante, enfouie, faisant surgir des paysages intérieurs chaotiques, labyrinthiques, où la figure humaine, presque flottante, se débat dans un monde saturé de passion et de haine. Il y a dans le geste de cette artiste la tentation de figurer notre béance, notre cri premier.
L'exposition Nue, blanche et dans nos nuits dit la coexistence de deux mondes qui cherchent dans la nuit comment figurer l'indicible, la rencontre entre notre humaine beauté et notre humaine folie.
Virginie Devillers
Mai 2026
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