Les phénomènes de radicalisation au sein de nos services de sécurité : un exemple, la Défense
Une approche philosophique du phénomène de radicalisation à la Défense
Conférence de Guy Gustin, psychologue- psychothérapeute de formation (école systémique) ; il travaille depuis 2005 comme Conseiller Moral à La Défense après un parcours de plus de 20 ans dans les institutions de soins psychiatriques. Il a enseigné la psychopathologie, la psychologie générale et la philosophie durant une vingtaine d'années. À la Défense, il travaille depuis une petite dizaine d'années sur les questions relatives aux phénomènes de radicalisation.
La radicalisation, quelle qu’en soit la forme ou l’orientation, ne peut être appréhendée uniquement comme une adhésion à une idéologie ou comme une rupture avec une norme collective. Elle peut aussi être comprise comme l’expression d’une perte de sens, d’un désarroi ou d’une difficulté à trouver sa place dans un monde devenu complexe et parfois fragmenté. Dans cette perspective, la personne radicalisée n’est pas seulement porteuse d’une conviction extrême : elle peut être un être humain en quête de repères, d’appartenance, de reconnaissance et de cohérence. La question première devient alors moins : « Pourquoi cette personne adhère-t-elle à cette radicalité ? » que : « À quel besoin de sens cette radicalité vient-elle répondre ? »
Cette approche invite à considérer la radicalisation comme un phénomène dynamique, systémique et profondément humain, sans pour autant relativiser la dangerosité de certains passages à l’acte. Prévenir la radicalisation ne signifie pas seulement combattre une idéologie : c’est aussi contribuer à restaurer les conditions du dialogue, de l’appartenance et du sens. C’est reconnaître que la construction d’un sens personnel peut devenir une alternative à la recherche de certitudes absolues.
Dans cette perspective, la Défense peut également devenir un espace privilégié d’observation, de réflexion et de prévention. Elle nous rappelle finalement que lutter contre toutes les formes de radicalisation suppose d’abord de comprendre ce qui, dans l’être humain, rend possible le désir de se raccrocher à une vérité qui prétend tout expliquer.
La véritable prévention pourrait alors commencer par une question profondément philosophique : comment permettre à chacun de construire un sens qui n’ait pas besoin de nier celui de l’autre ?
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