Pologne, hiver 1944. Alors que les nazis sont en déroute, les terres reconquises par les soviétiques sont redistribuées, notamment à une communauté de montagnards de Silésie, dirigée par Haratyk, un ancien chef de guerre d’esprit anarchiste. Tandis que la propagande prône le pouvoir du peuple, les villageois construisent une scierie, une briqueterie et une école, refusant l’aide de l’État. La relation avec le pouvoir central secondé par le clergé, se dégrade, amenant Haratyk et les paysans à reprendre les armes. Fable éminemment politique, remettant en cause le développement communiste, le film sera censuré plusieurs années, jusqu’à ce que le réalisateur consent à en modifier sa fin désabusée. Le ton du film rappelle le cinéma poético-hiératique de Paradjanov. Les mythologies populaires y respirent l’authenticité à l’instar de ses mascarades locales. L’image s’inspire des primitifs flamands où les paysages et ses habitants sont idéalisés, rappelant aussi la malice rurale des tableaux de Bruegel l’Ancien. Des chants solennels d’un ensemble folklorique régional ponctuent le récit tel un chœur antique, commentant la tragédie d’une civilisation profane autogérée écrasée par l’avènement d’une modernité imposée. Un film remarquable longtemps oublié, redécouvert et restauré en 2024.