Guards (Europe)

Expositions Guards (Europe)
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Vernissage: 1h-br/>Midissage: 4. 18h-br/>Finissage: 5. 18h-br/>
Dix gardes militaires veilleront la Galerie Bernard de l'aurore à l'aurore pendant 90 jours 1 heure et 50 minutes. Au fil du temps, cette surveillance maniaque évoluera et s'élimera, leur coiffe, symbole de leur importance les entravera, leur fixité, symbole de leur force les meurtrira.

Après le portrait Electra à la Nuit Blanche de Paris en et Maly à La Centrale Électrique (Centre Européen d'Art Contemporain) à Bruxelles en -, Guards (EUROPE) est la troisième exposition de la série Sudden de Catherine Menoury.

Les portraits vidéo de Catherine Menoury sont une réflexion sur le temps. Leur durée, initialement brève, est dilatée et dénaturée; l’instant choisi, toujours intense, s’étire alors sur une période prédéterminée et éphémère, elle peut être de quelques heures et s'étendre sur trente années, une vie métaphorique et temporelle. Ces portraits, silencieux, évoluent grâce à un logiciel conçu spécifiquement, ils sont irréversibles et inéluctables.

"Le travail de Catherine Ménoury peut s’aborder de bien des manières. Il est d’abord question de temps, ou plutôt d’une expérience du temps. Une durée qui petit à petit prend valeur métaphorique. Apparemment fixes, les images défilent. Il suffit de détourner le regard quelques minutes pour s’en rendre compte. Le modèle a bougé. Insensiblement, malgré toute l’attention qu’on lui porte. Ce que dit l’oeuvre ne se perçoit que lorsque le regard l’abandonne, dans cet intervalle de temps où elle semble vivre sa vie sans nous. Une vie rien de moins, car ces images meurent aussi. D’une mort programmée et inéluctable : ce qui est vu aujourd’hui aura disparu demain, à jamais. Ni pause, ni retour en arrière possible. L’image est l’eau entre nos doigts. Que peuvent-ils d’ailleurs retenir ?

Les films de Catherine Ménoury entretiennent en quelque sorte cette filiation avec l’art sacré, l’apprentissage d’un renoncement à l’absolu qu’ils mettent en scène – ici ce sacrifice: jamais nous ne serons le spectateur démiurge de notre propre vie. Et c’est un peu comme si ces vidéos étaient les miroirs de cette absence, impossible à combler et par là même source d’un incessant désir. L’installation produite pour Incise métaphorise ce principe en le parant des atours rutilants du pouvoir. Les gardes protocolaires incarnent sa permanence et l’obstination, tragique et dérisoire, d’un contrôle de soi et des autres souverain et absolu. Cette fiction discrétionnaire flirterait avec la tyrannie si ses acteurs, bien réels, ne semblaient pas en porter le poids. Leur souffrance, de plus en plus visible au fil du temps, exprime moins un renoncement qu’une délivrance : l’impossibilité de modeler son être à la fiction qui l’institue. Là s’ébranlent nos empires, en un glissement imperceptible et muet, ingénument libérateur."

Benoit Dusart
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